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juil 29, 2015

Quand la sécurité routière tombe dans le panneau

Quand la sécurité routière tombe dans le panneau

Parente pauvre du discours sécuritaire, la signalisation routière est devenue vétuste, lorsqu’elle existe. En France, une route sur deux n’est pas marquée.

PAR JACQUES CHEVALIER

On peut penser qu’ils sont juge et partie et que ce dossier sert à sensibiliser la population à un sujet où ils trouvent leur intérêt. Le Syndicat des équipements de la route (SER) remet tout de même, à la veille des départs en vacances, un rapport qui gratte là où ça fait mal. En constatant en effet qu’un panneau sur trois le long de nos routes est non conforme et qu’une route sur deux ne dispose pas de marquage au sol, on mesure la grande désolation qui pèse sur l’environnement routier français.

Il ne s’agit pas de l’état des routes elles-mêmes, mais de tout un environnement lié à la signalisation qui permet de mettre, en ville ou à la campagne, en alerte les usagers. Ils sont bien placés pour le faire à la SER puisque cette fédération d’entreprises qui emploie 5 000 personnes s’occupe aussi bien de signalisation verticale (panneaux, etc.), de signalisation horizontale (marquage des chaussées, etc.), de dispositifs de retenue (glissières de sécurité, etc.) que de régulation de trafic (feux, etc.), de balisage et chantiers, ou encore de mobiliers et aménagements urbains. Avec un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros, les équipements de la route représentent un secteur économique important mais qui peste de voir des économies mal placées alors que par ailleurs les recettes tirées de l’automobile vont nourrir d’autres secteurs d’activité.

33 % de panneaux non conformes

Dès lors, constater qu’un panneau sur trois est non conforme sur les routes de Francea de quoi laisser perplexe lorsqu’on sait le rôle de prévention que joue la signalisation. Il est même probable que des recours à la suite d’accidents pourraient parfaitement être introduits si l’un de ces panneaux ou marquage au sol défaillants a joué un rôle quelconque dans l’évaluation des responsabilités. Il est d’ailleurs surprenant que les avocats ne se soient pas encore emparés de ce dossier.

Ainsi, Jean-Bernard Conrad, le président de la SER, livre un chiffre très alarmant. « En matière de dispositifs de retenue, dit-il, dans les statistiques de l’ONISR (Observatoire national interministériel de la sécurité routière), les accidents dus à un obstacle fixe non protégé ne sont pas pris en compte. Or une part non négligeable des accidents mortels surviennent contre des obstacles du type arbre, poteau, îlot (33 % en 2012 dont 347 contre des arbres).

Le SER déplore, comme nous dans ces colonnes, que « la baisse du nombre des accidents de la route soit souvent attribuée à « l’effet radar » et aux actions de répression (lutte contre la vitesse ou l’alcool au volant), mais rarement aux effets bénéfiques de la qualité des infrastructures et des équipements de la route ». Et il y aurait beaucoup mieux à faire en protégeant par des dispositifs appropriés ce « mobilier routier » qui cause tant de décès.

L’État, en se défaussant de l’entretien des routes sur les collectivités locales, n’a fait qu’amplifier la vétusté des équipements routiers, non renouvelés comme ils devraient.

Quel effet radar?

Dans son communiqué, le SER déplore que « l’entretien des équipements en France [soit] particulièrement alarmant, surtout sur les routes secondaires : le patrimoine routier ne cesse de se dégrader, avec des situations hétérogènes selon les régions, créant ainsi de réelles inégalités pour les usagers de la route ».

Le budget global de dotations des collectivités allouées aux équipements de la route (entretien et achat de nouveaux équipements) a diminué de 50 millions d’euros par an sur les trois dernières années (sur un budget global de 450 millions d’euros). En France, la moyenne d’âge d’un panneau est de 17 ans alors que son niveau de performance est prévu pour 8 à 12 ans. De même, 30 à 40 % des panneaux installés sur le territoire français ont déjà dépassé leur durée de vie et ne sont donc pas conformes à la règlementation. Enfin, en France, seules 55 % des routes sont équipées d’un marquage au sol.

« À la veille des départs en vacances, la sécurité routière doit être plus que jamais une priorité, dit Jean-Bernard Conrad. Dans un contexte d’aggravation de la mortalité routière, nous rappelons que les équipements de la route ont plus que jamais un rôle à jouer dans la baisse du nombre de tués sur les routes. Aussi, il devient urgent d’agir en faveur d’une politique d’équipements de la route performante et homogène sur l’ensemble du territoire français. »

Bien évidemment, les pouvoirs publics préfèrent évoquer l’effet radar, source de recettes, plutôt que l’état des infrastructures, source de dépenses. Il y a pourtant un travail de l’ombre pour continuer à épargner des vies tout en favorisant la R&D dans laquelle les entreprises du secteur investissent chaque année plusieurs millions d’euros.

Pour plus d’information : http://www.equipements-routiers-et-urbains.com/

Article Publié le  | Le Point.fr
http://www.lepoint.fr/automobile/securite/quand-la-securite-routiere-tombe-dans-le-panneau-23-06-2015-1939220_657.php