Sur autoroute enneigée, on ne double pas la saleuse !

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Sur autoroute enneigée, on ne double pas la saleuse !

Qui mieux que les chauffeurs de camions de déneigement pour rappeler les règles de circulation en hiver sur autoroute ?

Les agents du réseau autoroutier APRR & AREA considèrent que la période hivernale démarre le 15 novembre et court jusqu’au 15 mars, tandis que leurs collègues de la SANEF maintiennent leur dispositif un mois de plus, jusqu’au 15 avril. Pour les uns comme les autres cependant, le « service de viabilité hivernal » constitue une saison à part dans l’exploitation des autoroutes, un moment d’intense humilité face aux caprices de Dame Nature. Il ne suffit pas toujours de déployer des centaines de camions de déneigement pour les contenir, au grand dam des automobilistes et des chauffeurs routiers qui, parfois, se retrouvent pris au piège.

Pris au piège. L’expression a le don d’irriter les sociétés d’autoroute qui déploient des moyens conséquents sans jamais recevoir en retour la gratitude du public. « Nous stockons près de 100.000 tonnes de sel pour 300 camions de déneigement ; nous disposons d’un abonnement spécifique auprès de Météo France qui nous livre des prévisions précises à 10 km près ; nous disposons de caméras et de sondes de température dans les endroits sensibles de notre réseau mais chaque année, inévitablement, il arrive que ces moyens ne suffisent pas« , déplore Patrick Jacamon, Directeur de l’Exploitation à la SANEF.

Voil2à pourquoi à l’approche des fêtes de fin d’année, les sociétés d’autoroutes sollicitent cette année encore les médias pour les aider à diffuser les consignes de prévention et réclamer de nos compatriotes un sursaut de discipline, cette vertu qui leur fait tant défaut dès lors qu’ils se glissent derrière un volant.

« Cette année encore, il suffira d’un chauffeur routier impatient pour bloquer la circulation« , déplore P. Jacamon. « Au lieu de patienter sur un parc de stockage le temps que la chaussée soit dégagée, il poursuivra sa route au risque de déraper. Et les journaux télévisés rapporteront le calvaire de ces familles retenues 10 à 12 heures dans leur voiture, victimes d’une désorganisation en apparence totale. » En termes de communication, on appelle cela un désastre. D’où le rappel des règles de conduite sur autoroute en hiver.

Le sel ne fait pas fondre la neige

« Cette année encore, le journal télévisé dira que nos équipes de déneigement n’interviennent pas assez vite, que les moyens déployés ne sont pas suffisants et qu’il semble aberrant de penser qu’un seul camion échoué en travers puisse interrompre si longtemps la circulation« , se lamente Frédéric Michel, chef de département viabilité réseau Est de la SANEF. « Cependant les automobilistes doivent bien comprendre que l’efficacité du salage — qu’il soit préventif ou bien curatif — dépend en grande partie de leur collaboration et de leur discipline. » Car le sel, contre toute attente, ne fait pas fondre la neige à lui tout seul : il en modifie les propriétés physiques, nuance. Le sel abaisse la température de congélation de l’eau : de 0°C, elle passe en pratique à – 2°C, voire à  – 5°C. S’il était possible de répandre le sel en quantités suffisantes pour atteindre sa proportion idéale, le point de congélation pourrait descendre à – 21,6°C. Ci-dessous, une illustration signée APRR rappelle la différence entre le chlorure de calcium et le chlorure de sodium employés en plus du sel et de la saumure à des températures différentes.

Le sel n’agit qu’avec le brassage des roues

C’est le passage des véhicules qui apporte au sel dispersé l’énergie nécessaire pour se dissoudre et se mélanger à la glace. Cette action de brassage aide le sel à perforer la glace et à y introduire une dose d’humidité. Cette dernière provient principalement de la saumure à laquelle sont mélangés les grains de sel. La saumure plaque le sel au sol et fait en sorte qu’il ne s’envole pas avec les bourrasques de vent.

Impératif : rouler à droite, sur les traces de la saleuse

De ce qui précède découle une règle que bien peu d’automobilistes connaissent et respectent. Il est impératif de rouler dans les traces de la saleuse afin de participer au brassage du sel. La saleuse traite toujours la voie de droite en priorité. Aussi la règle est simple : sur chaussée enneigée, tout le monde circule sur la voie de droite.

Feux à éclats bleus : interdiction de doubler la saleuse

Déneigement de l'autoroute A13.

Déneigement de l’autoroute A13.

Encore une règle méconnue. Allumés, les « feux à éclats bleus » (non couplés à la sirène qui, elle, est réservée aux forces de l’ordre) des camions de salage ou de déneigement signifient qu’il est interdit de les dépasser. C’est le bon sens qui parle, autant que le Code de la Route. « Trop d’automobilistes s’impatientent et dépassent nos camions« , témoigne F. Michel. « Ils circulent alors à vitesse excessive sur la voie qui offre la moindre adhérence et qui n’a pas été traitée. Ils perdent fréquemment le contrôle de leur véhicule et finissent par bloquer la circulation.« 

Que dit le Code de la Route ? Art. R 313-27 : « Les engins de service hivernal ne peuvent être équipés [de feux bleus] que lorsqu’ils participent à la lutte contre le verglas ou la neige. En dehors de cette circonstance, le dispositif lumineux prévu au présent article doit être retiré. En outre, ces engins ne peuvent pas être équipés de dispositifs sonores spéciaux.« 

Le salage préventif débute sur une chaussée encore noire

Panneau à message variable incitant à réduire sa vitesse lors d'une opération de salage.

Panneau à message variable incitant à réduire sa vitesse lors d’une opération de salage.

Grande est la tentation de doubler une saleuse qui lambine à 80 km/h sur une chaussée encore noire. Elle accomplit pourtant une opération essentielle, dite de qui vise à éviter la formation de la glace en empêchant l’eau de pluie de geler. Le salage dit démarre en cas de chute de neige. Il peut être précédé d’un déneigement qui consiste à racler et à pousser de côté la neige.

Pourquoi pas le sable plutôt que le sel ?

Les associations de protection de l’environnement mettent régulièrement en garde contre les risques de destruction de la flore et de la faune du fait de l’accumulation dans le sol des résidus de salage. Les sociétés d’autoroutes leur rétorquent que la plupart sont canalisés vers les bassins étanches d’épuration des eaux usées aménagés le long du réseau, et que les solutions alternatives sont moins efficaces. « Le sable n’est efficace que sur la neige durcie, au contraire du sel. Par ailleurs, le sable comble les anfractuosités du revêtement de la chaussée et diminue fortement son taux d’adhérence« , rappelle F. Michel. « Pire, il finit par s’accumuler et par boucher les caniveaux. » Idem pour les gravillons et la sciure de bois, une solution qui convient aux descentes de garage mais pas aux longues autoroutes.

Pneumatiques hiver : utiles sur le sec comme sur le mouillé

Voilà qui nous amène aux recommandations usuelles pour circuler en hiver. Il est primordial de ne pas attendre les premières chutes de neige pour équiper sa voiture de pneumatiques « hiver ». Année après année, nous avons pu le constater auprès de plusieurs manufacturiers : dès que la température au sol chute sous les 7°C, le pneu « hiver » (aux performances supérieures au pneu M+S) réduit les distances d’arrêt et repousse les limites du dérapage sur le sec comme sur le mouillé. Pour distinguer un authentique pneu « hiver » d’un simple « M+S », rien de plus facile : il est frappé du symbole du « flocon sur trois pics montagneux » (abrégé « 3PMSF » pour « 3-peak mountain snowflake« ).

Réduire sa vitesse et allonger la distance de sécurité

Chausser des pneumatiques « hiver » ne dispense pas d’observer la plus élémentaire des règles de conduite sur chaussée glissante, à savoir allonger les distances de sécurité et diminuer sa vitesse. Ce qui exige une certaine abnégation sur de longues étapes d’autoroute. Sur chaussée sèche mais froide, on constate en moyenne qu’une voiture chaussée de pneumatiques « hiver » s’arrête 4 mètres plus tôt, soit la longueur d’une citadine. C’est peu mais cela peut faire toute la différence face à un obstacle. Sur le mouillé, la différence passe à 11 mètres en moyenne. Un gouffre.

En préventif, le blocage des poids-lourds

Encore une mesure mal comprise. L’action des camions de salage et de déneigement prend du temps : en moyenne, il faut deux heures pour traiter 500 km, suivies d’1 h 30 d’entretien. A condition évidemment que la progression des engins ne soit pas bloquée par un véhicule accidenté. D’où la décision des préfectures des zones soumises aux intempéries de retenir les poids lourds sur des parcs de stockage, à proximité des barrières de péage. Ce type de mesure est souvent mal vécu par les chauffeurs routiers tenus au respect d’horaires précis, d’autant qu’ils sont arrêtés bien en amont des zones de précipitation, là où la chaussée reste parfaitement praticable.

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